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Par Louis Fahrasmane, membre d’église retraité de la Recherche publique (INRA)

LE SEPTIEME JOUR : ORIGINE, SON OBSERVATION PRESCRITE, UN SIGNE eschatologique

Pour mieux appréhender Dieu, les réponses à certaines questions sont à mêmes de contribuer à affermir la foi du croyant. Qu’est-ce qui fait du septième jour de la semaine un jour particulier pour le croyant d’aujourd’hui ?

1. L’ORIGINE

Sur l’origine, la version NBS de la Bible répond dans Genèse 2.2-3 : Le septième jour, Dieu avait achevé tout le travail qu’il avait fait ; le septième jour, il se reposa de tout le travail qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et en fit un jour sacré, car en ce jour Dieu se reposa de tout le travail qu’il avait fait en créant. Ce texte peut être considéré en quatre affirmations sur le Créateur et le septième jour.

  1. Le septième jour, Dieu avait achevé tout le travail (de création) qu’il avait fait ;
  2. Le septième jour, il se reposa (il s’arrêta) de tout le travail qu’il avait fait.
  3. Dieu béni le septième jour,
  4. et (Dieu) en fit un jour sacré (mis à part des autres jours qui avaient été jours de travail), car (ii.) en ce jour Dieu se reposa de tout le travail qu’il avait fait en créant.

La réponse dans la version Chouraqui de la Bible présente une singularité :

  1. Elohîm achève au jour septième son ouvrage qu’il avait fait.
  2. Il chôme, le jour septième, de tout son ouvrage qu’il avait fait.
  3. Elohîm bénit le jour septième,
  4. il le consacre : (ii.) oui, en lui (le septième jour) il chôme de tout son ouvrage
  5. qu’Elohîm crée pour faire.

Il y a une information de plus (v.) que les autres versions en français : qu’Elohîm crée pour faire.

Décision souveraine du Créateur de sanctifier le septième jour

Dans le récit du premier chapitre de la Genèse, selon un commentaire du récit de la création d’Abravanel, datant du XVe siècle, « […] l’œuvre divine a consisté en une création totale, que ce soit le premier jour à partir du néant le plus complet, que ce soit à partir de quelque chose les jours suivants, Dieu vit que cela était bon, répète le texte, mais toujours selon la volonté seule du Créateur en l’absence de toute loi de la nature »1. C’est aussi par la seule volonté souveraine du Créateur que le caractère sacré du septième jour a été institué.

Ainsi, Dieu a institué dans le temps terrestre, la mise à part du temps du septième jour de la semaine, ce qui en a fait le sabbat hebdomadaire (Gn2.2, 3), constitué comme les autres jours d’une période nocturne suivie d’une période diurne (Gn1.5, 8, 13, 19, 23, 31). Le septième jour est présenté dans Genèse 1, à la différence des autres jours de la semaine de création, sans la mention « Il y eut un soir et il y eut un matin », puisque le septième jour leur est différent par le repos qui dure tout le long de ce septième jour, tout est repos, donc pas besoin de faire de différence entre le diurne et le nocturne. Même si le début, la fin, et donc la durée, du sabbat, sont déterminés par l’apparition du soir (Il y eut un soir …), comme pour les autres jours, le positionnement du sabbat dans le cours du temps n’est pas déterminé par les astres, le soleil, la lune et les étoiles, présentés dans la Genèse, non seulement pour éclairer la terre, mais aussi comme marqueurs des moments des fêtes religieuses, des jours et des années (Gn1.14 ; Lv23.2). Abraham Heschel (1951) a écrit : « quand l’Histoire a commencé, il n’y avait qu’une sainteté dans le monde, la sainteté du temps »2.

Le septième jour a été béni par la divinité créatrice

Le septième jour fut sanctifié, parce que Dieu se reposa en ce jour, et le sabbat est un jour qui a reçu une autre caractéristique, il est béni. Pendant les six jours de Création, Dieu a produit des œuvres, en leur donnant par sa parole forme et propriétés, mais ses œuvres bien que formées, elles n’avaient pas encore atteint la plénitude, car elles étaient à une fin première qui leur a donné forme et identité, selon leur espèce. Il leur restait à atteindre une fin ultime leur permettant de produire effectivement leur semblable. A ce sujet, Abravanel écrit que :

« […], si les créatures ont bien acquis en elles la forme que l’Agent Premier, bénit soit-Il, leur a influée, elles n’ont pas pour autant commencé à fonctionner de manière autonome selon la loi naturelle – ce qui constituait l’objectif final pour lequel elles avaient été produites – jusqu’à ce que Dieu les bénisse le septième jour, et que chaque chose commence à agir selon sa nature. »3

Dans la Bible version Chouraqui, cet objectif final est dit, « qu’Elohîm crée pour faire », qui exprime la propriété de chaque créature vivante de faire du semblable, assurant la perpétuation de l’espèce par la reproduction. Toujours selon Abravanel :

« […], la bénédiction de ce jour a consisté en ce que les créatures de la Genèse ont agi dès lors de manière autonome en vertu de la nature qui leur a été ordonnée et impartie. Et cette bénédiction porte sur le jour, et non sur les créatures, parce que la bénédiction d’une chose est attribuée au jour où elle a commencé, à l’instar de la perte et du manque qui sont attribués par l’Ecriture au jour où ils ont eu lieu, comme aux versets « maudit soit le jour où je suis né » (Jr.20.14), disparaisse le jour où je suis né » (Job3.3) » 4.

Ainsi, la manifestation de la croissance et de la reproduction du végétal, en vue de la conservation de l’espèce, constituent ce qu’Abravanel appelle « la fin ultime ».

2. SON OBSERVATION PRESCRITE

Appropriation du sabbat par des humains à différents moments de l’histoire

Il est intelligible qu’avant la Chute, Adam et Eve créés à l’image de Dieu (Gn1.27) ne se détournaient pas encore de leur Créateur, et qu’ils firent donc sabbat, en harmonie avec leur Créateur tout le temps qu’ils demeurèrent dans le jardin d’Eden, d’autant que le sabbat, en plus d’être une institution souveraine du Créateur, avait été aussi fait pour l’homme, selon une déclaration de Jésus (Mc2.27). Ainsi, dans le jardin d’Eden, nos premiers parent instruits par Dieu (Gn1.28-29 ; 2.16-17 ; 3.3), ont vécu la culture du sabbat et ont goûter pleinement ses délices, jusqu’à la Chute (Gn3.8-9).

Déchus mais repentant, Adam et Eve observèrent le sabbat, à la manière dont en parle la bouche du Seigneur dans Esaïe 58.13-14, et le transmirent à leurs descendants. Ceux de la postérité de la femme (Genèse 3.15) y prêtèrent attention. Mme White a écrit à ce sujet dans son ouvrage Patriarches et prophètes :

« Durant près de mille ans, témoin éploré des résultats de sa faute, Adam lutta de toutes ses forces pour refouler la marée de l’iniquité. Divinement chargé d’instruire sa postérité dans la voie du Seigneur, et scrupuleusement fidèle aux révélations d’en haut, le père de l’humanité les répétait à ses enfants et à ses petits-enfants. Jusqu’à la neuvième génération, ses descendants purent apprendre de lui l’état de l’homme au paradis, l’histoire de sa chute, les conséquences douloureuses de la désobéissance, ainsi que l’intervention divine qui devait assurer le salut aux croyants. Peu nombreux, hélas ! furent ceux qui prirent à cœur les paroles du premier homme »5.

Dans la généalogie de Jésus, se trouvent les hommes des premières générations entre Adam et Sem fils de Noé, passant par Seth, Hénoch, et Noé (Lc3.36-38), cités dans la Bible comme des hommes de foi (Gn4.26 ; 5.24 ; 6.9 ; Hb11.5-7), ceux qui plurent à Dieu. Par la manifestation de leur foi, ces hommes ont reçu un bon témoignage (Hb11.2). De Sem à Abraham, Genèse 10.10-26 fait la liste d’hommes qui se sont succédés dans une généalogie, qui peut être mise en parallèle à la généalogie de Jésus (Lc3.34-37). En dépit de l’inclinaison du cœur des hommes vers le mal (Gn6.5), au moins certains d’entre eux, si non tous ceux cités, ont contribué à assurer la permanence de la connaissance de Dieu et donc de son sabbat. Des hommes de l’ère patriarcale, Melchisédech qui étaient serviteurs du Dieu très haut, Abraham qui donnait la dîme, apparaissent comme ayant des pratiques inspirées par Dieu. Vis-à-vis du peuple choisi, le sabbat est décliné comme un signe perpétuel, objet d’une alliance éternelle (Ex.31.16-17), contractée avec Abraham qui avait reçu et accepté de devenir à travers sa postérité « une bénédiction pour toutes les nations (Gn12.2-3). Selon le prophète Esaïe (Es56.1-8) s’exprimant dans une perspective messianique, le sabbat est une bénédiction pour tous les humains qui respectent ce signe d’attachement au Seigneur, dans la maison de prière pour tous les peuples (Mt21.13 ; Ez.20.12).

Donc, après la chute, le sabbat a bénéficié aux humains repentants, par une adhésion volontaire à une observance prescrite, rappelée aux Israélites (Ex20.8-11 ; Dt5.12-15). Les paroles prescriptives d’Exode ou du Deutéronome n’ont pas institué le sabbat. Ces paroles sont des rappels d’une institution datant de l’Eden, à un peuple sortant de quatre cent trente ans d’esclavage, ayant oublié des éléments de son identité, afin de contribuer à la communion du peuple avec Dieu. Car la nature humaine déchue n’est pas encline à communier avec Dieu, à respecter l’observation du sabbat. Cependant, dans tous les temps, les humains ont eu des motifs pour comprendre et choisir de sanctifier le septième jour, que les prescriptions divines présentent. Ces motivations sont relatives aux pouvoirs créateur et rédempteur divins, à toutes les époques de l’histoire humaine, déployés en faveur du salut et du bonheur de tous les humains, jusqu’au rétablissement de toutes choses.

Vivre le septième jour

Le sabbat apparait comme une halte, un havre, pour communier avec Dieu, dans divers cadres : un culte ecclésial (Lv23.3 ; Lc4.16 ; Ac16.13), des partages à différentes échelles sociales, familiale, ecclésiale, avec son prochain (Lv23.3), ainsi qu’une opportunité d’approcher la nature (Ps104.24-28). Selon Mme White, « Le sabbat dirige les pensées vers la nature et nous introduit dans la communion du Créateur. […] »6. C’est ainsi une temporisation (Gn1.14) par rapport aux prenantes interactions profanes de l’humain avec son environnement matériel (Mc4.19 ; Es58.13), un témoignage du caractère prioritaire donné par le croyant dans sa vie, à l’alliance avec Dieu (Ex31.16-17 ; Es24.5 ; Ez20.12 ; Mt6.33), prescrivant donc un ressourcement régulier pour l’esprit et le corps. Le temps du sabbat est aussi l’occasion de s’exercer à la manifestation d’un état d’âme dont a parlé le prophète Esaïe (Es58.13-14). Au cours de son ministère terrestre, Jésus a réagi contre la mentalité et des ordonnances religieuses de l’époque qui avaient fait de l’observation du sabbat un joug pesant sur le croyant. Jésus observait le sabbat (Lc4.16) et a réaffirmé que le sabbat a été fait pour [bénéficier à] l’homme, et non l’homme pour [subir] le sabbat (Mc2.27) comme tendaient à faire les pratiques qui lui étaient contemporaines. Jésus faisait le bien ce jour-là aussi (Mc 3.1-5 ; Jn 5.1-17). Les apôtres et les croyants de l’Eglise primitive observaient le sabbat (Ac16.13). En dehors du culte du jour de sabbat, l’observation du sabbat est un état d’esprit et de cœur qui se manifeste dans un contexte humain, familial et domestique, dont différentes descriptions bibliques sont là pour aider le croyant à appréhender comment créer un vécu de sabbat bienfaisant à tout son être, aussi corporellement, dès ici-bas. Le rappel concernant l’observation du sabbat, fait dans Exode 20.8-11, décrit un environnement familial et domestique dans une stase, intégrant les bêtes de somme, dont la subsistance est à assurer (Lc14.5). Pour tout cela une « préparation » est pratiquée. Celle-ci est enseignée à travers l’expérience de la manne dans le désert, vécue par le peuple sortant d’Egypte. Dieu leur donne des instructions et pourvoie (Ex16.22, 23, 25, 30), pour que ce soit un jour libéré des lourdes charges domestiques, laissant place à de la souplesse et de la joie (Esaïe 58.13, 14). Le fait de cette disposition de préparation se retrouve dans l’attitude des femmes qui voulaient embaumer le corps de Jésus (Jn19.31 ; Mc15.42 ; Lc 23.54).

L’auteur de l’épître aux Hébreux dit à des croyants chrétiens qu’il y a encore un repos de type sabbatique pour eux (Hb4.9). Celui qui adhère à ce type de repos sabbatise, se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu des siennes (Hb4.10).

3. UN SIGNE ESCHATOLOGIQUE

Escure-Delpeuch écrit que « […] depuis la croix et la résurrection, nos « sabbats » nous sont donnés pour plonger dans l’hésychia ! C’est-à-dire dans ce silence intérieur profond, nourri de prière, de méditation des Ecritures, des bienfaits de Dieu. […] »7.

A l’approche de l’heure du jugement final, l’observation du sabbat hebdomadaire dans toute sa magnitude sera aux yeux du monde un des témoignages identitaires des croyants qui sont dits … des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus (Ap14.12). Le sabbat, manifestation de foi des croyants en la souveraineté du Créateur, mettra ses observateurs en opposition avec le leadership des pouvoirs politiques et religieux mondiaux du moment, ainsi qu’avec les philosophies des penseurs humanistes, qui auront cours dans les temps ultimes de ce monde (Ap12.17 ; 14.12, 13).  Ellen White écrit : « Le sabbat sera le grand test de fidélité, car c’est un point de doctrine spécialement controversé. Lorsque le test final surviendra sur les hommes, alors sera tracée la ligne de démarcation entre ceux qui servent Dieu et ceux qui ne le servent pas. »8.

Le sabbat apparait donc depuis la Création, comme un sceau divin sur la Création (Ps24.1), continuellement observé par ceux de la postérité de la femme, et controversé par ceux de la postérité du serpent. En effet, selon Mme White :

 « Les ténèbres qui régnèrent sur la terre au cours de la longue période de la suprématie papale ne réussirent pas à éteindre complètement le flambeau de la vérité. Il y eut toujours de vrais croyants attachés à la foi en Jésus-Christ, seul Médiateur entre Dieu et les hommes, prenant les saintes Ecritures pour leur unique règle de vie et sanctifiant le vrai jour de repos. Jamais on ne saura ce que le monde doit à ces hommes. Dénoncés comme hérétiques, diffamés, leurs mobiles incriminés, leurs écrits dénigrés, mutilés et prohibés, ils demeurèrent inébranlables et conservèrent la pureté de la foi pour en transmettre, de siècle en siècle, l’héritage sacré à la postérité. »9

Le sabbat fait pour aussi bénéficier à l’être humain, est loin d’être abolie, et qui aura sa place sur la nouvelle terre, car le prophète Esaïe a annoncé que sur la nouvelle terre, sabbat et nouvelle lune seront des moments donnant lieu à l’adoration du Seigneur (Es66.23). Attention, depuis l’Eden des fake news qui ont pignon sur rue disent autres choses.


Références bibliographiques

1 Abravanel I. Commentaire du récit de la création. Genèse 1.1 à 5.8. Collection « Les dix Paroles », Editions Verdier 11220 Lagrasse, 1999. p. 273

2 Heschel A. J. The Sabbath : Its Meaning for Modern Man [Le sabbat : sa signification pour l’homme moderne], New York, Farrar, Straus et Giroux, 1951, p. 9.

3 Abravanel, Ibid., p. 271.

4 Abravanel, Ibid., p. 274.

5 White E. G : https://m.egwwritings.org/fr/book/212.266#276

6 White E. G : https://m.egwwritings.org/fr/book/187.1347#1351

7 Escure-Delpeuch E. L’ascèse, l’hésychia et le sabbat spirituel. Une introduction à la spiritualité des Pères orientaux des premiers siècles. Servir, 4, 2019, p. 29-46.

8 White E. G : https://m.egwwritings.org/fr/book/179.1359#1365

9 White E. G : https://m.egwwritings.org/fr/book/192.269#270